Midi moins dix.
Le ventre vide patientant jusqu'à l'heure H du repas.
Midi moins cinq, il passe devant un glacier, il regarde les couleurs charmantes des glaces, il cligne des yeux et s'approche; rouge framboise, vert citron, rose fraise, vert pistache, jaune vanille, un arc-en-ciel de couleurs attisent son envie; le petit garçon colle ses mains à la vitre, la salive lui monte à la bouche; il a faim, très faim. Il reste là quelques minutes, ses yeux se font suppliants, mais le glacier a appris à ne plus s'apitoyer, il chasse le gamin. Celui s'y s'en va, sans regarder devant lui, il rentre dans quelque chose. Ou plutôt, quelqu'un; ce quelqu’un est grand, blond, et il a de drôles de yeux. Il le regarde en souriant, l'air de lui dire "Eh petit, regarde où tu marches!". L'enfant s'excuse. L'homme ne dit rien et le prend par la main, il l'emmène devant chez le glacier. L'enfant est effrayé, pourquoi l'homme l'a emmené ici? c'est qui? qu'es ce qu'il va lui arriver?!
Retour devant chez le glacier.
"Choisit la glace de ton choix, petit." C'est la voix de l'homme, c'est étonnant, le gosse s'attendait à ce qu'elle soit rauque et désagréable, au contraire, bien que grave, elle reste légère, flottante. Méfiant, le petit garçon répond qu'il ne veut pas de glace! L'homme, amusé, le regarde et s'accroupit. Il pose sa main sur sa tête et ébouriffe ses cheveux.
"Menteur, lui dit-il je t'a vu les regarder avec envie tout à l‘heure. Et si tu ne choisit pas, je le ferais pour toi." Le gosse le regarde, il ne dit rien. Ézéchiel sourit et se relève, il demande deux glaces à la menthe et en donne une à l'enfant. Il le laisse filer, après lui avoir murmuré que dans la vie, si on se tournait du bon côté, les choses et les gens étaient plus agréables. A l'Église de Dieu, mon enfant, à l'Église de Dieu. Il est sarcastique, il n’y croit pas, les humains sont pourris, les enfants aussi.
L'homme et le gosse vont chacun de leur coté; tout deux arborent un sourire, l'un énigmatique; l'autre un sourire d'enfant, rayonnant.
A présent, l'heure a tournée, midi vingt, l'homme se demande ce qu'il pourrait bien faire, il n'a pas envie de retourner bosser. La glace à fondu, il y a goûté, il ne l'a pas aimé. Il n'aime que peu de choses ici bas, ni la bouffe, ni les gens. Non, lui ce qu'il aime, c'est le sexe, la drogue, et les cadavres, c‘est marrant les macchabées, et ce n‘est pas très bruyant.
Il est assi sur un banc blanc, sous un arbre au maigre feuillage, il mâchonne, rêveur, un brin d'herbe. Décidément, ou qu'il aille il s'ennuiera toujours. Il regarde morose la foule, quand soudain il aperçoit une silhouette un peu trop familière. Il sourit, avance à contre courant de la foule et va à l'encontre de l'être, il s'approche tout prêt. L'"homme" est encore de dos.
"Bonjour, Ayame." Susurre-t-il.